Killer is Dead : une synthèse des productions Suda51

Hello à tous, aujourd’hui je vais vous parler d’un jeu, mais pas n’importe lequel puisqu’il s’agit de Killer is Dead, développé par Grasshopper Manufactures, édité par Deep Silver, sorti chez nous en août 2013. Cet article me tient particulièrement à cœur, dans la mesure où il ne s’agit pas uniquement d’un test de Killer is Dead, mais aussi d’une réflexion, 100% garantie sans spoils sur le soft.

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Avant de commencer, je tiens à préciser que je ne serai sans doute pas très objectif durant cet article, tant je suis assez fasciné par les jeux Suda51 (je n’évoquerai pas Flower, Sun & Rain, que je n’ai pas fini), et ce, depuis Killer7, que j’avais acheté day one le 15 juillet 2005 sur Gamecube, et dont j’ai été un des premiers défenseurs sur les forums de jeuxvideo.com, sous un autre pseudo. J’évoquais déjà à l’époque ce qui fera la marque de fabrique de Suda51, une ambiance particulière, plusieurs niveaux de lecture, mais dont le style, la technique, tellement archaïque, en font un jeu culte pour les uns, surestimé pour les autres, et enfin pourri pour ceux qui n’y ont pas joué. Aujourd’hui, la majorité s’accorde à dire qu’il s’agit d’un chef d’œuvre, j’ai parfois même l’impression qu’il y a plus de joueurs l’affirmant que de joueurs qui y ont vraiment joué à l’époque… Un peu comme Shenmue. Et c’est généralement l’argument principal qui revient à chaque nouvelle production de Suda51, rien ne pourra surclasser Killer7, et si tu oses le faire, voilà un joueur qui n’y connaît rien…

Pour ma part, je trouve que comparer les productions de Suda51 entre elles est superflu. Si on s’en tient à l’aspect technique, TOUS les jeux sont à la ramasse, et ce n’est pas Killer is Dead qui changera la donne pour le coup. Donc, à mon sens, la comparaison ne tient pas. Parler des univers ? Comparer l’univers de Lollipop Chainsaw à No More Heroes, ou pire encore, à Shadows of the Damned ? A chaque fois, on se retrouve dans quelque chose de tellement inédit, différent, c’est comme si pour moi, on se décidait à comparer Star Wars au Seigneur des anneaux. Que l’on préfère un univers à un autre, pourquoi pas, c’est selon l’affect, la sensibilité du joueur. Je pense que chacun sera d’accord quand on parle d’affaire de goût, certains aimeront, d’autres non. Je suis d’avis de prendre chaque production pour ce qu’elle est et uniquement pour ce qu’elle est, plutôt que classer les productions entre elles.

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Je parlais plus haut de plusieurs niveaux de lecture. C’est une des raisons de pourquoi j’apprécie ce que fait Suda51. Au-delà d’être un jeu, dans lequel un groupe d’assassin tabasse du monstre/terroriste, j’aime voir en Killer7 ce combat perpétuel entre le bien et le mal, dans lequel un élu y apportera une réponse nuancée. J’aime voir en No More Heroes (le premier seulement, dans la mesure où le 2 n’est qu’une histoire de vengeance) un récit initiatique très proche au final de Scott Pilgrim. J’aime voir en Shadows of the Damned une réécriture du mythe d’Orphée, de la Divine Comédie, et de cette transformation femme fragile/femme prédatrice. Et j’aime voir Lollipop Chainsaw comme la transition entre l’adolescence, pleine d’innocence, à l’âge adulte, plus sombre pleine de responsabilité (ça ne vous a jamais interpellé que le jeu se déroule pile le jour du 18e anniversaire de Juliet ? Certes la majorité est à 21 ans aux USA, mais osef. Killer is Dead ne déroge pas à la règle de cette double lecture, mais en parler serait spoiler le scénario.

Le synopsis de Killer is Dead est assez classique : Mondo Zappa est un tueur à gage, travaillant dans une organisation chargée d’éradiquer les Wires, des monstres issus de la face cachée de la Lune. Evidemment, les surprises sont au rendez-vous, même si la fin est trop expédiée. A la manière d’un animé japonais, Killer is Dead se découpe en épisodes (qui symbolisent chacun un niveau), totalement indépendants les uns des autres mais suivant le même fil conducteur. Ce découpage est assez intéressant, puisqu’il permet de passer facilement d’un niveau référençant légèrement Alice aux Pays des Merveilles, à un autre dans un jardin typiquement japonais, sans que ça ne choque. C’est en ce sens que j’aime comparer Killer is Dead à un chef d’œuvre de l’animé japonais qu’est Cowboy Bebop. Cowboy Bebop est un des rares animés à réussir à mélanger Space Opéra, Film Noir et Western entre autres, sans que ça ne choque. Sans l’égaler, je trouve que Killer is Dead parvient à s’en rapprocher. Par ailleurs, il est possible de faire un parallèle entre les différents protagonistes de ces deux œuvres : Spike/Mondo, Jet/Bryan, Ed/Mika, Faye/Vivienne ou encore Vicious/David. Comme dans un animé, les personnages sont assez stéréotypés, ce qui permet de les saisir quasi-instantanément. D’où ce parallèle facile. En ce qui concerne les Wires, ils sont assez variés, et deviennent de plus en plus puissants. Les boss toutefois, bien qu’ayant de la gueule, manquent en « génialitude » dans la manière de les combattre (c’est un peu souvent pareil).

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Un autre côté assez sympathique selon moi, c’est son côté jeu vidéo totalement assumé. En effet, à plusieurs moments, Mondo n’hésitera pas à rappeler à son interlocuteur que l’on est dans un jeu d’action. Certes, de nos jours, ce genre de destruction du 4e mur est classique et cela n’en fait pas un chef d’œuvre pour autant. Cependant, d’autres détails vont dans ce sens, notamment en ce qui concerne les missions secondaires du jeu. Plus encore que la référence à Castlevania (Mondovania ?), si l’on s’intéresse à certains objectifs de ces missions, atteindre le plus vite possible un bonsaï japonais avant sa mise en vente sur le marché noir, ou bien progresser à moto sur un circuit de 4 tours pour anéantir des Wires, ces objectifs ont une consonance jeu vidéo assez prononcée. C’est parce qu’on est dans un jeu vidéo que l’on peut se retrouver avec de telles missions. Evidemment, c’est un côté du jeu que beaucoup n’apprécieront pas. D’ailleurs, il est assez intéressant de voir que le thème du jeu vidéo est assez régulièrement utilisé dans les jeux Suda51 (du combat contre les Handsome Men de Killer 7 à la salle d’arcade de Lollipop Chainsaw, sans oublier le côté « rétrostalgique » de No More Heroes dans sa DA).

Passons maintenant au jeu en lui-même. Je le considère comme une synthèse de tout ce qu’a pu faire Suda51 depuis Killer7. La patte graphique renvoie à ce dernier, le gameplay mixe à la fois No More Heroes et Lollipop Chainsaw (pour le bras droit, celui du katana), mais aussi Shadow of the Damned (pour le bras gauche, celui de l’arme interchangeable), tout en étant beaucoup plus dynamique (notamment via le système d’esquive, qui déclenche une contre-attaque de folie). On appréciera pouvoir upgrader son personnage tout au long du jeu pour débloquer des techniques de plus en plus classes/puissantes. On regrettera toutefois l’absence d’une touche pour locker l’ennemi, ce qui aurait, à mon avis, atténué les problèmes de caméra pendant les combats. Parfois on s’en accommode, parfois c’est relou. Aux musiques, on retrouve Akira Yamaoka, pour des compositions dynamiques pendant le jeu mais très en dessous de ce qu’il avait pu faire pour Silent Hill ou Shadows of the Damned. Les doublages japonais sont plus que corrects (on retrouve ce que je disais plus haut, des voix caractéristiques pour chaque personnage), mais la synchro labiale est à la rue, à croire qu’elle n’a été faite que pour les doublages US (comme pour Asura’s Wrath). Une durée de vie qui repose pas mal sur la rejouabilité, entre les 12 épisodes (+ l’épisode bonus), les costumes à débloquer, la vingtaine de défis bien hardcore, les missions secondaires, l’obtention des notes AAA (ça me fait penser à une catégorie de jeux) pour chaque niveau et bien évidemment les missions gigolo…

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Des missions que la communication autour du jeu a exacerbé, de même que beaucoup de testeurs. En lisant les différentes reviews, notamment US, je m’attendais à ce que le jeu pullule de missions de ce genre, de références sexuelles à tout va et finalement… Rien de tout ça. Deux missions (+ 1 bonus) où effectivement, le « but » consiste à mater une demoiselle, lui offrir des cadeaux et la ramener chez soi (et récupérer des bonus en retour). Et… C’est tout… Et je les ai trouvées très anecdotiques… On aura beau parler de femme/objet, de missions absolument sexistes, ou de trucs niais, je ne comprends pas. Certes, la manière dont se déroule ces missions est vraiment spéciale, pur produit nippon, en ce sens, je peux comprendre que cela rebute, voire dérange. Mais de là à résumer tout le jeu par ces missions, qui sont au nombre de deux je le rappelle, c’est de la pure mauvaise foi. C’est occulter que la communication autour de Catherine laissait présager un côté érotique à base de gros plan sur des boobs (alors qu’il s’agit d’un véritable chef d’œuvre), c’est oublier les mini-jeux de God of War, à base de QTE pour entendre une femme gémir, c’est surtout zapper que le succès de Dead or Alive (au-delà de la qualité de son gameplay) repose sur des personnages féminins aux formes généreuses, et des DLC proposant des costumes de plus en plus courts/transparents… Et au final pour ce qu’on voit… Des cinématiques d’un flou qui exacerbent les problèmes techniques du jeu.

Et là encore, on aborde finalement ce qui gêne vraiment dans les productions Suda51. Hormis, les problèmes de caméras rencontrés, on retrouve des passages très sombres ou très flous, sorte de cache-misère, rendant le jeu plutôt illisible par moment. L’anti-alliasing chez Grasshoper, on ne connaît pas. Néanmoins, il y a du mieux, durant mes runs, je n’ai pas eu de ralentissements, de chute de framerate, ou pire de freeze, m’obligeant à redémarrer la console. Chose que je n’ai eu que trop souvent sur No More Heroes pour ne citer que lui. Encore heureux, me direz-vous, mais il est important de le signaler. Ce n’est pas top, mais il y a du mieux ! Mais après tout, après tant de jeux sur cette gen de consoles (quasi un par an), ne peut-on pas s’attendre à de réelles avancées techniques ? Sans doute, et c’est peut-être ça qui dérange le plus une majorité de joueur, ou des fans de plus en plus déçus. On peut s’attendre à ce que malgré les bides des jeux Suda51, mais parce qu’il continue à créer des jeux (en changeant d’éditeur), ses jeux parviennent à être un peu rentables. Il est évident qu’un jeu Suda51 ne coûte pas pareil qu’un GTA V (pour exagérer légèrement). Pour autant, je veux encourager ses créations, peut-être plus qu’un autre développeur (et il en va de même pour Swery65, les deux ensemble, feraient-ils un jeu 116 ?).

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Parce que Killer is Dead est un des jeux les plus surprenants auquel j’ai pu jouer. On est loin de ce que l’on a l’habitude de voir devant nos écrans, loin des TPS qui se banalisent ou des FPS guerriers. On n’atteint pas le niveau d’un DMC ou d’un Metal Gear Rising en termes de finitions, cela va de soi, mais pour le coup, on n’est pas non plus face à une licence déjà connue. Sans pour autant prétendre au Goty 2013, ou même au jeu de l’été de la même année, Killer is Dead est à l’image d’une production Suda51, un diamant brut, proposant son lot de surprises, mais aussi son lot de déceptions. J’aime son ambiance, légèrement malsaine, sa DA, sa mise en scène, bien qu’il manque de passages vraiment marquants. Un jeu tantôt rafraichissant, tantôt lourd, qui n’aura de succès qu’à son passage à petit prix. Pour ma part, j’ai plutôt apprécié, et au fond, c’est peut-être ça le principal.

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