Papers, please : Les temps modernes…

CoverHello à tous, aujourd’hui un test d’un jeu PC, mais pas n’importe lequel puisqu’il s’agit de Papers, please, un jeu indépendant sorti en version finale début août 2013, développé et édité par Lucas Pope. Le test suivant présente quelques spoilers (on va dire que je dévoile quelques aspects du gameplay qui ne sont pas accessibles en début de partie).

Traditionnellement, les devoirs du fonctionnaire français sont les suivants : obéissance, neutralité, moralité et probité. Des devoirs simples à mémoriser, et qui semblent, au premier abord, simples à appliquer. Quel rapport avec Papers, please ? Et bien, tout simplement parce que jamais ces devoirs vont être autant malmenés par le joueur durant sa partie. On en revient à une question qui tombe de temps à autre lors d’un oral d’entretien pour entrer dans la fonction publique : « Qu’auriez-vous fait si vous aviez été fonctionnaire en 1940 » ? Jouer à Papers, please, peut apporter un élément de réponse, si on décide, évidemment, d’y jouer sérieusement, en adhérant à son concept d’anti-jeu de façade (Douanier Simulator, tu connais ?), dissimulant en réalité un puzzle-game fascinant, faussement répétitif.

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En effet, le joueur se retrouve « élu » fonctionnaire dans un Etat totalitaire, Arstotzka,  complètement fictif (vraiment ?), s’inspirant de tout ce qu’il y a et de tout ce qu’il y a eu d’extrêmes dans nos sociétés contemporaines. Affecté à la frontière de ce pays, le joueur doit contrôler les venues, des citoyens aux immigrants, en passant par les voyageurs, et choisir si oui ou non, ils peuvent pénétrer en Arstotzka, d’un simple coup de tampon. Si au début, les consignes sont assez simples, il suffit de contrôler uniquement le passeport, au fur et à mesure, d’autres documents viennent s’ajouter et témoignent de manière fluide la difficulté progressive du soft. Et c’est là que ça devient intéressant, allez-vous suivre uniquement les consignes, au nom du devoir d’obéissance, de neutralité ? Ou bien allez-vous permettre à une femme de rejoindre son mari alors que celle-ci n’est pas en règle, au nom de ce que notre morale nous dicte ? Allez-vous gentiment renvoyer un personnage louche à la frontière ou allez-vous le faire arrêter, laissant à notre imagination tout ce qui pourrait en découler ?

En fonction de ces choix, d’autres événements auront lieu, on pourra entre autres récupérer des pots-de-vin, faire passer des journalistes, des événements qui viennent casser la linéarité du jeu et qui peuvent varier d’une partie à l’autre. Et on se dit que l’on est moralement bon et on laissera passer un, voire deux individus qui ne sont pas en règle, mais attention, à la troisième « erreur », les pénalités arrivent, synonymes de retenues sur le salaire et par conséquent moins d’argent pour payer le loyer, la nourriture, le chauffage ou des soins pour votre femme, votre fils, votre belle-maman et votre oncle. Parce que oui, vous avez aussi une famille à nourrir… Et quand on prend cette donnée en compte, on n’a plus forcément envie de jouer systématiquement au parangon de vertu. Un soldat vous annonce qu’il touche une prime pour chaque arrestation et que si vous l’aidez, vous toucherez un extra et peut-être ferez-vous du zèle en faisant arrêter une personne qui s’est juste embrouillée sur la durée de son séjour.

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Pareil, profiter de cet argent plus ou moins sale, en achetant un plus bel appartement, ne sera pas forcément du goût de vos voisins, qui pourront peut-être signaler ce changement soudain de mode de vie et vous aurez alors une enquête sur le dos. Une question qui tombe encore lors de certains oraux d’entretien : « un de vos collègues qui gagne le même salaire que vous, arrive à son travail dans une belle voiture, que faites-vous » ? Et plus les niveaux passent, plus le malaise s’installe, les contrôles deviennent de plus en plus poussés, fouillant le plus loin dans l’intimité des arrivants, ou demandant de refuser une certaine catégorie de la population. Ce qui n’est pas sans faire écho à la réalité, et pas uniquement dans des Etats totalitaires. Quand vous avez lu des circulaires ministérielles d’hier et d’aujourd’hui sur les contrôles de papier d’une certaine catégorie de population, ça fait froid dans le dos… Certes, le jeu cherche à vous le justifier par les différents attentats ou les actualités qui parsèment le quotidien du joueur, mais il n’empêche que Papers, please soulève pas mal de questions, et souvent les bonnes.

Passé ce ressenti, attardons-nous plus en détail au jeu en lui-même. Papers, please se veut comme un jeu mélangeant le puzzle-game et le jeu d’enquête. A savoir, que vous allez vérifier des dizaines et des dizaines de documents, les comparer à votre petit manuel du parfait fonctionnaire, poser des questions quand des données paraissent suspectes, etc. Si on peut craindre pour la répétitivité, Papers, please joue sur cet aspect, cherchant à faire croire au joueur qu’il s’agit d’actes mécaniques, mais au final, on a à chaque fois l’impression de se retrouver face à une situation singulière, et c’est ça la grande force du jeu. Graphiquement, on se retrouve avec du pixel art, un style que j’aime bien, et qui pour le coup, n’est pas sans rappeler un vieux Point&Click, KGB, pour ceux qui connaissent (pour les autres, il est trouvable en abandonware et il doit être fait tellement il est cool). Chaque document est bien détaillé, même ceux qui ne servent à rien (je pense aux tracts qu’on nous distribue).

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L’ambiance est excellente, tout emprunte à l’iconographie soviétique, période après 1945. On pense aussi un peu à la Bordurie, Etat lui aussi fictif de l’univers de Tintin. Les noms des arrivants, renvoient encore aux Pays de l’Est, et on s’amuse de temps à autres à trouver des références (Nastasha Romanenko ?). Seule la présence des dollars fausse l’interprétation d’un Etat 100% soviétique. La jouabilité se fait uniquement à la souris, avant de débloquer des bonus permettant d’utiliser des raccourcis clavier pour aller plus vite. En effet, il faut réussir, à travers les niveaux (symbolisés par des journées), à être rapide ET efficace. A chaque individu passé au poste, c’est 5$ pour sa poche et quand on sait qu’à chaque fin de niveau il faut faire des choix sur ce qui sera payé ou non, en fonction de la vie de famille (chauffage, nourriture, cadeau pour l’anniversaire du fils, le tonton malade, etc.), ça rajoute un peu à la pression déjà bien installée.

Techniquement, je n’ai pas eu de bugs, ni de soucis en lançant le jeu. Depuis quelques moi, le jeu est désormais traduit en français. Ayant fait un premier run à sa sortie (donc en anglais, pas si compliqué que ça), le passage en français m’a permis de comprendre des subtilités qui m’avaient échappées à l’époque. On pourra reprocher qu’au début on est un peu lâché dans l’arène sans passer par la case Tuto, mais à force de tâtonnement, on comprend facilement comment procéder. Au niveau de la bande son, à part la musique de l’écran titre, il n’y a pas de musique durant les niveaux, juste des bruitages, très sommaires, pas de doublages, une langue inventée, à la manière d’un Okami ou d’un Animal Crossing, on aimera ou non, à vrai dire, je me suis retrouvé tellement happé, qu’au bout d’un moment, on n’y fait plus attention.

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La durée de vie peut être très faible comme assez longue, en fonction de nos choix, de la manière de jouer. Je ne peux pas donner vraiment d’estimation, sachez qu’il y a environ une vingtaine de fins à débloquer, que certaines d’entre elles sont horribles, que d’autres sont passables, à vrai dire, j’ignore sincèrement s’il y a un happy end (après quelques recherches, il existerait un happy end, que je n’ai donc jamais débloqué…). Donc si pour la durée de vie, je reste évasif, en revanche, je peux vous assurer que niveau rejouabilité, il y a des tas de possibilités, d’embranchements, de choix qui dépendront de sa manière de jouer. De plus, finir le jeu en ayant réalisé tous les niveaux permet de débloquer un mode infini. Des défauts ? Adhérer au concept peut être difficile, voire dérangeant, mais sérieusement, j’ai finalement assez de mal à trouver un véritable défaut à ce jeu… A l’instar d’un Hotline Miami sorti en juillet 2013 sur le Psn, je trouve que Papers, please fait partie de ces jeux de l’été, à un autre niveau. Un niveau qui demandera plus d’implication personnelle, qui va plus loin dans les conséquences quant aux choix proposés qu’un Walking Dead, un jeu qui coûte juste 9$ (soit un peu plus de 7€) et qui fait plus réfléchir que n’importe quel AAA (le fossé entre la morale et la loi, la nature d’un Etat policier, la connerie de certaines consignes administratives, en contradiction avec les réalités). Non, sérieusement, quitte à essayer la bêta, gratuite et donnant un bel aperçu du jeu, jouez au plus vite à Papers, please…

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2 commentaires pour Papers, please : Les temps modernes…

  1. xPRINCE VALIUMx dit :

    Très bon papier !

    J’avais bien entamer Papers, Please mais je ne l’ai jamais fini. Comme tu dis, il faut mettre du sien pour ce genre de jeu. Or je n’étais pas totalement dedans.
    Mais bon, je compte bien me rattraper et faire un run complet d’ici quelques temps.

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