Les Chevaliers du Baphomet : la malédiction du serpent : le serpent s’est mordu la queue !

CoverLes soldes sur le PSN ont commencé il y a un peu plus d’une semaine et l’occasion a été pour moi de fouiller le Ps Store afin de trouver ce fameux jeu dont on dit souvent : « je le ferai, mais pas à ce prix-là ». Ce jeu, pour moi, il s’agissait des Chevaliers du Baphomet : la malédiction du serpent, développé et édité par Revolution Software après une campagne Kickstarter, un jeu en deux épisodes, obtenu soldé autour de 8 euros sur Vita. Je dois confesser que je ne connais la série que de nom, jamais je n’avais fait jusqu’alors de Baphomet. Par conséquent, ma critique ne prendra pas en compte les anciens opus et essaiera de montrer si cet épisode peut-être abordable par un nouveau venu. Il y aura quelques spoils, mais ceux-ci sont nécessaires, notamment sur quelques passages et énigmes.

Je passe outre le fait qu’il m’a fallu plus de 4 heures pour télécharger le premier épisode (et sa MàJ) pour lancer le jeu. On y découvre un certain George Stobbart, représentant d’une compagnie d’assurance, au vernissage d’une exposition d’œuvres d’art en plein Paris. Il y retrouve Nicole Collard, une amie journaliste (et certainement plus si affinités), quand soudain, un homme armé fait irruption dans la galerie afin d’y dérober un tableau. Le commissaire de l’exposition, un fanatique des années 70 s’interpose mais finit par prendre une balle et meurt sur le coup. En l’espace de quelques minutes, on se retrouve enfin à contrôler George et à enquêter avant l’arrivée de la police sur les lieux du crime, tandis que Nicole est partie à la poursuite du voleur. Une entrée en matière qui démarre en trombe, ce qui n’est pas un mal et augure du bon pour l’ensemble de l’aventure. Cependant, si le premier épisode s’avère passionnant à suivre, l’enquête est classique mais bien menée, j’ai eu beaucoup plus de mal à accrocher au second épisode, dont les facilités scénaristiques se multiplient et dont le côté surnaturel (je ne vous parle pas de la fin digne d’un sous Indiana Jones) qui se dégage tranche radicalement avec le rationnel qui régnait dans le premier épisode.

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Beaucoup de personnages vont être développés dans le premier chapitre, dont un qui apparaît comme un « grand méchant ». Ce personnage nous est bien décrit pendant tout l’épisode comme une personne méfiante, sa ressemblance avec une personnalité politique étrangère est plus que troublante et ses fréquentations ne jouent pas en sa faveur. Pourtant, dans le second épisode, ce personnage ne fait qu’une apparition, celle-ci étant totalement maladroite et dont l’issue est ratée. Ce traitement va de pair avec son homme de main, une brute qui en l’espace d’un dialogue devient docile et retourne sa veste. Je pourrai aussi vous parler de l’inspecteur Navet, très présent dans le premier épisode et qui va donner du fil à retordre aux deux héros, mais qui disparaît purement et simplement du second, comme s’il n’avait jamais existé. Je soulève un problème vraiment important de ce jeu : les deux épisodes sont censés se compléter, mais on dirait qu’ils ont été faits indépendamment. Le plus énorme étant le passage d’un épisode à l’autre. Le premier épisode s’achève sur un gros cliffangher et le début du second épisode fait totalement l’impasse sur ce qu’il s’est passé, on commence directement au lieu où ils sont supposés se rendre, sans explications, pas même un « previously » ou un truc du genre.

Enfin, s’agissant de l’histoire, tout porte à croire qu’il a été fait de sorte de faire plaisir aux fans de la série, et ce avec ce qui semble être des personnages issus d’épisodes précédents. Si pour ce qui est de Moue, cela ne dérange pas, il est d’autres personnages pour lesquels les dialogues échangés avec les héros sont complètement excluant pour un néophyte de la série, moi en l’occurrence. De même, on devine que la présence de chèvres doit être une private joke entre les différents épisodes. Toutefois, force est de constater qu’un effort a été fait au niveau des dialogues, certains sont plutôt drôles, le tout couplé à un doublage des personnages en français plutôt convaincant, même « fi ils ont oune poco abousé sour lé accentés hispaniques ».

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La Malédiction du serpent est donc un point&click à l’ancienne, un genre qui a fait les beaux jours du jeu PC dans les années 90, qui a décliné lors de son passage à la 3D (malgré de belles expériences, je pense notamment à Blade Runner, Titanic ou encore Sybéria) avant un retour en grâce en 2D avec notamment des jeux comme Runaway. Si j’ai bien suivi l’histoire de la saga des Chevaliers du Baphomet, les deux derniers épisodes étaient en 3D. Ici, il s’agit d’un retour aux sources, puisque l’on évolue dans des décors en 2D, très bien dessinés/détaillés au passage, tandis que les personnages sont en 3D « cel shadé ». Ceux-ci s’intègrent plus ou moins bien, même si parfois, il peut arriver que l’on traverse un mur par mégarde. Les personnages jouissent de bonnes animations, mais les déplacements sont assez longs/lents, les héros ne savent pas courir même quand la situation est urgente. Ce phénomène est d’autant plus flagrant lorsque l’on doit faire des allers-retours. Le jeu se prend plutôt bien en main puisque sur Vita, la jouabilité est 100% tactile. J’ai rencontré quelques petits soucis de temps à autre, notamment pour combiner des objets dans l’inventaire, mais rien de gênant, au bout du second ou du troisième essai, je finis par parvenir à mes fins.

Techniquement, le premier épisode s’en sort plutôt bien, outre les petits problèmes que je viens de citer, en revanche, le second épisode a été bâclé, mais d’une force… L’épisode qui redémarre en plein milieu d’une énigme pour un problème inconnu, l’affichage des trophées, qui reprend le même nom et la même description que pour l’épisode précédent. En fait je ne comprends pas pourquoi ils n’ont pas fait comme s’il s’agissait d’un DLC pouvant se lancer à partir du premier épisode (comme pour The Walking Dead par exemple). Au lieu de ça, on se retrouve avec deux « applications différentes » pour le même jeu. Du coup, on ressent davantage le côté « fait à la va-vite » du second épisode, surtout lorsqu’après 2h30 de jeu, on arrive sur les crédits alors que le premier épisode m’a pris approximativement cinq heures de jeu. SI je n’ai aucun souvenir des musiques de la Malédiction du serpent (je ne vais pas me prononcer dessus par conséquent), les effets sonores sont plus présents et peuvent s’avérer utiles pour nous indiquer que nos actions ont un effet (lors de la combinaison d’objets par exemple).

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Passons à présent à l’essence même du jeu : les énigmes. Comme tout point&click qui se respecte, la Malédiction du serpent propose son lot d’énigmes. Celles-ci sont assez logiques (pas trop d’association d’objets incongrus) tout au long de l’aventure, celles du premier épisode sont plus simples que celles du second. Il est toujours possible d’utiliser des indices jusqu’à avoir la solution complète de ce qu’il faut faire. Si une énigme du premier épisode doit être plus simple si on joue sur PC (il y est question d’un clavier azerty), plusieurs énigmes du second épisode s’avèrent un peu plus frustrantes à mon goût. Au début du second épisode, George doit atteindre une carcasse de voiture, celle-ci étant « protégée » par une chèvre. On devine qu’il faut utiliser des pommes pour distraire l’animal, mais plutôt que les ramasser soi-même, il faut deviner que la chèvre doit foncer sur le pommier pour faire tomber les pommes. Sauf qu’à chaque fois que l’on provoque l’animal, ce dernier nous fonce dessus. Ce n’est qu’après plusieurs essais que je réalise qu’une commande apparaît pendant que la chèvre nous fonce dessus afin de l’éviter. Alors certes, la résolution est logique et saute aux yeux quand on la connaît. Pourtant jamais il n’a été question de ce genre de commandes avant et jamais il ne sera question de ce genre de commandes après, c’est la seule et unique fois que l’on nous demande une telle action.

Plus loin, les héros doivent repérer des lieux sur une carte, des indices sont disséminés dans un manoir que l’on avait déjà pris le temps de fouiller avant cette énigme. Pour autant, afin de la résoudre, il va falloir réexaminer le manoir et ses détails afin de déclencher les scripts qui montrent que l’on est dans la bonne direction. Du coup, quand on commence l’énigme alors que l’on sait que l’on a déjà tout examiné et que rien ne se passe, on est vite largué, on tâtonne pour rien. Puis quand on réalise qu’il faut retourner en arrière pour étudier de nouveau le manoir, on se souvient alors que les déplacements sont longs et qu’on est sur le point de répéter des actions déjà effectuées et ça, c’est lourd. C’est du chipotage, mais c’est mal pensé, on perd du temps pour rien, surtout quand dans le premier épisode, la résolution des énigmes était beaucoup plus fluide.

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Au final, que penser de ces Chevaliers du Baphomet ? Une semi-déception à mon sens, la séparation en deux épisodes n’aidant pas, puisque la comparaison est inévitable. Passer d’une enquête à quelque chose de plus mystique n’était pas forcément inapproprié, mais c’est le fait de l’avoir fait trop brutalement quitte à aller à l’encontre de ce qui a été fait auparavant qui pose problème. Et encore, j’ai fait les deux épisodes à quelques jours d’intervalles, mais vous imaginez pour ceux qui ont dû attendre des mois ? Ceux qui, comme moi, ont trouvé le premier épisode vraiment sympa pour se prendre un second épisode, certes au challenge relevé, mais plus court et moins bien écrit ? Alors oui, c’est beau, oui c’est jouable, mais ça ne fait malheureusement pas tout. De surcroît, plusieurs passages sont incompréhensibles pour des nouveaux venus, du fan-service absolument pas maîtrisé. Je ne suis pas contre le fan-service hein, quelques easter eggs implémentés à quelques endroits ne me dérangent pas, mais quand ces derniers participent directement à des dialogues du jeu avec des personnages que l’on ne connaît pas et qu’aucune ligne de texte ne vienne nous dire de qui il s’agit et quels rapports ils entretiennent avec les héros, c’est dommage… Après, évidemment, je parle comme un néophyte de la saga, sans doute qu’un fan de la série y trouvera son compte. Pour ma part, j’aurai toujours ce sentiment de petit gâchis par rapport à une expérience qui partait pourtant sur de bonnes bases. Sur ce, je retourne à mes jeux LucasArts.

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3 commentaires pour Les Chevaliers du Baphomet : la malédiction du serpent : le serpent s’est mordu la queue !

  1. Hum, article intéressant, qui soulève selon moi beaucoup de problèmes du format épisodique, du point’n’click, de ses mécaniques et de ses incohérences manifestes.
    C’est bien rédigé, avec beaucoup de ressenti, j’aime bien.

    Ca me fait un peu penser au style de Pedrof et de BlackL, on dirait un peu de l’écriture blanche et c’est agréablement écrit. Je pensais essayer ce style aussi bientôt.

    Pour l’heure en tout cas, merci pour l’article, c’est du bon.

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