Retour sur la Jeunesse de Picsou : spécial Klondike :

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Attention cet article risque de spoiler l’histoire.

Jusqu’à présent, aucune histoire de Disney n’a pu égaler la grande épopée qu’a pu nous proposer Don Rosa au cours des années 90. Malgré des incohérences reconnues par l’auteur lui-même et les libertés prises par rapport au travail de Carl Barks, Don Rosa est parvenu à faire un travail unique en son genre. J’ai décidé de vous parler de cet ouvrage et plus précisément des chapitres qui se déroulent au Klondike (au nombre de trois, disponibles dans les rééditions de La jeunesse de Picsou tome 1 et 2 par Glénat), moment où Picsou passe du random péon à la légende, mais aussi moment où le canard est le plus humain. Je ne reviendrai pas sur les dessins, riches en détails, l’anthropomorphisme est bien utilisé. De même, le chapitre Bonus, dans lequel Picsou revient au Klondike avec ses neveux ne sera pas traité, puisque l’on est plus dans la jeunesse en elle-même. Pour plus de clarté, je pense faire donc trois articles, chacun traitant d’un chapitre et chacun mettant en avant un aspect traité par l’auteur. Les deux suivants viendront bientôt, quand ils seront terminés.

Chapitre 8 : Le prospecteur de la Vallée de l’Agonie Blanche : après plusieurs voyages infructueux autour du monde, Picsou arrive en Alaska après avoir eu une révélation (cf. les chapitres précédents) et décide de devenir prospecteur, en pleine période de ruée vers l’or. Ce chapitre introduit deux personnages assez connus de l’univers de Picsou : Soapy Slick et évidemment Goldie O’Gilt (beaucoup plus mise en avant dans les chapitres suivants).

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Après une mésaventure qui lui aura fait perdre toutes ses économies, Picsou est contraint d’emprunter de l’argent auprès de Soapy Slick, au taux d’intérêt quasiment grecs, afin de se payer l’équipement de parfait chercheur d’or. Arrivé à Dawson, il y fait brièvement la rencontre de Goldie avant de se mettre en quête d’un filon, qu’il trouvera dans la Vallée de l’Agonie Blanche, un endroit reculé où personne d’autre avant n’y a mis les pieds… Pendant que Picsou développe son exploitation, Dawson prend de l’ampleur, Goldie est sur le point d’ouvrir son saloon, et ne semble pas insensible aux charmes de Picsou, Soapy Slick, quant à lui, s’est installé, espérant pouvoir mettre la main sur le filon du canard. Profitant que Picsou l’ait déclaré, Soapy décide de l’enlever et de l’humilier à bord de son bateau-casino. Durant sa captivité, Picsou apprend une nouvelle douloureuse le mettant hors de lui et au même moment, le bateau de Soapy explose, lui permettant de se libérer. De retour à son exploitation, Picsou finit par trouver la pépite « œuf d’oie », symbole du début de sa richesse.

Comme je l’ai dit dans mon introduction, ce chapitre marque le passage de Picsou au statut de légende et plusieurs passages sont là pour le démontrer, notamment à la fin. Tout d’abord, le fait que la raison pour laquelle le bateau explose est présentée comme inconnue, probablement à cause d’un problème technique ou bien d’une lame de fond, alors que les images semblent montrer que c’est une conséquence de la colère de Picsou. Don Rosa dira à ce sujet : « cette séquence n’a pas pour but de montrer ce qui s’est vraiment passé. Elle cherche à prouver à quel point au sommet de sa force et de se gloire, Picsou est devenu un personnage légendaire. On y voit la manière dont les faits ont été exagérés au fur et à mesure que l’histoire a été répétée au fil des décennies ? Le texte narratif est écrit de façon à donner cette impression ». C’est comme si on cherchait à trouver une raison rationnelle à quelque chose qui ne l’est pas. Comme il l’est dit quelques cases plus loin : « cette époque était celle des légendes et ce jour-là, un nouveau personnage vint rejoindre Pecos Bill et Pau Bunyan dans les livres… Picsou ! Le Roi du Klondike ! ».

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Cet effet de légende trouve son apogée à la fin du chapitre quand Picsou découvre la pépite « œuf d’oie ». En effet, après avoir traversé huit chapitres à faire le tour du monde, à apprendre de ses aventures, sans y faire le moindre profit, la récompense tombe enfin. La récompense est imposante proportionnellement aux sacrifices que Picsou a fait jusqu’alors (il a notamment renoncé à une mine de cuivre offerte par le père de Flairsou). Il est intéressant de voir que juste avant cette découverte, Picsou est conscient des conséquences que cela va engendrer, il déclare notamment que « plus rien ne sera comme avant ». A ce moment, il lui suffit juste de plonger ce qu’il pensait être un caillou dans de l’eau pour en être certain. Et effectivement, l’instant d’après, il oublie ses craintes : Picsou est désormais riche.

Si j’ai parlé de l’aspect légendaire, jusqu’à présent, je n’ai pas encore creusé l’aspect humain, bien qu’il soit davantage développé dans les futurs chapitres que j’aborderai. La scène précédant l’explosion du bateau arrive en l’espace de quelques cases à retranscrire quelque chose d’assez inattendu dans une bande dessinée Disney. Pendant que Sloapy cherche à humilier Picsou, il se décide à lire à voix haute le courrier que Picsou n’a jamais ouvert, par conséquent, on découvre en même temps que lui le contenu des lettres. A savoir que sa famille en Ecosse a de plus en plus de mal à payer les taxes, mais aussi que sa mère est souffrante, mais que tous ont confiance en Picsou, qu’il doit être assez occupé pour écrire (on en revient à ce que je disais au niveau des sacrifices que j’ai cités plus haut). Puis une lettre plus tard, et on nous annonce de manière percutante que la mère de Picsou est décédée. Ce moment est d’autant plus marquant que c’est Sloapy lui-même qui l’annonce de sang-froid, ce qui ajoute à ce moment dramatique un caractère injuste, mais qui ne restera pas impuni. Pourquoi parler de l’humain à travers ce passage ? En regardant les cases, et Picsou plus en détails, on voit que celui-ci traverse plusieurs émotions, de la culpabilité de ne pas avoir donné beaucoup de nouvelles à sa famille, de la tristesse d’avoir l’impression de décevoir ceux qui croient en lui et enfin de la colère devant le mépris de Sloapy quand il lui annonce la triste nouvelle.

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Ce chapitre figure parmi mes préférés, car il aborde au final des thèmes rarement exploités dans une bande dessinée, et surtout estampillée Disney. On atteint l’apogée de la carrière de Picsou, mais aussi l’apogée de l’histoire contée par Don Rosa. Si on peut reprocher à l’histoire de caricaturer son méchant, de manière à bien nous montrer qui il faut détester, ce n’est pas forcément un mal, on est face à une histoire destinée à un jeune public et à chaque fois que le porcin commet un larcin, il est aussitôt remis à sa place. De même, si on peut reprocher que Goldie, le grand amour de Picsou soit délaissée dans ce chapitre, ce n’est pas sans compter le chapitre suivant qui se focalise vraiment sur la relation Picsou/Goldie et dont je compte vous reparler bientôt.

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5 commentaires pour Retour sur la Jeunesse de Picsou : spécial Klondike :

  1. El-Koala dit :

    La jeunesse de Picsou est immense, un must pour qui aime les BD Disney. Et je suis bien d’accord avec toi, ces chapitres au Klondike sont parmi les plus riches de la série. Don Rosa avait vraiment fait un boulot incroyable et je conserve précieusement mon édition de 1998, bien qu’elle soit assez abimée…
    Hâte de lire la suite !

    • N’hésite pas à te plonger dans les 2 intégrales proposées par Glénat, chaque chapitre est commenté par l’auteur et tu as mm des chapitres qui ne figurent pas sur l’édition de 1998 😉

      • El-Koala dit :

        Je pensais éventuellement me l’acheter à vrai dire. Vu l’état de mon édition, une version neuve serait la bienvenue. :3

  2. Kurokami dit :

    Excellent article, depuis tout petit je voulais lire la Jeunesse de Picsou. La réédition par Glénat m’en a donné l’occasion même si à l’heure actuelle, je ne possède que le premier tome.
    J’ai éprouvé le même ressenti que toi en lisant ce chapitre 8. Le fait de voir un Picsou humain m’a interpellé, surtout quand tu lis les chapitres qui suivent la découverte de son filon.

    En tout cas, on ne pas dire que Don Rosa a fait un travail bâclé. Cet auteur est génial et quand je pense que je n’ai pas pu aller le voir au Festival de la BD d’Angoulême quand il s’était déplacé, j’éprouve toujours du regret.

    En tout cas, je te remercie pour cet excellent article, il rejoint le très bon travail de Cronos qui avait – il me semble – fait une série de billets sur l’oeuvre. J’ai hâte de voir la suite, même si j’imagine qu’il y aura du spoil ^^

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